Un instant au bord du lac
Une rencontre à Ascona

Ce jour-là, Ascona semblait baigner dans une lumière particulière.
Le lac reflétait le ciel sans effort, la chaleur était douce, et le temps, presque imperceptiblement, avait ralenti.
Depuis la fenêtre de mon hôtel, je l’ai vue.
Elle était assise au bord de l’eau. Immobile. Présente.
Une présence simple, presque silencieuse, qui s’inscrivait naturellement dans le paysage. Les heures ont passé. Elle était toujours là, comme si le soleil et le lac l’avaient adoptée.
La curiosité m’a finalement conduit dehors.

Franca au bord du lac, Ascona.
Assise face à l’eau, elle dessinait. Sans intention apparente. Sans démonstration.
Elle ne cherchait ni à montrer, ni à expliquer. Elle dessinait lentement, attentivement, laissant sa main suivre ce que son regard ressentait. Chaque trait semblait naître du temps lui-même.
Nous avons échangé quelques mots.
Elle m’a raconté qu’elle était à la retraite. Qu’elle était venue à Ascona simplement parce qu’il y avait du soleil. Elle parlait du dessin avec une humilité touchante, presque à voix basse, comme s’il s’agissait de quelque chose de fragile. Elle n’avait jamais étudié l’art. Ne revendiquait aucun savoir. Seulement le plaisir de s’asseoir, d’observer, et de laisser le temps passer sur le papier.
Parfois, m’a-t-elle dit, elle rejoint un petit groupe qui se retrouve pour dessiner ensemble. Rien de formel. Juste des personnes, des crayons, et des moments partagés. Elle a souri en ajoutant que je serais le bienvenu si, un jour, j’avais envie de les rejoindre.

Les dessins de l’artiste sont à découvrir sur Instagram: @francabendig
En quittant le lac, je sentais en moi une chaleur discrète, persistante.
Car l’art n’a pas toujours besoin d’ambition, ni de reconnaissance. Parfois, il existe simplement ainsi dans la douceur d’un après-midi ensoleillé, dans la patience d’une main, dans la décision simple de s’asseoir au bord de l’eau et de regarder.
Ce jour-là, au bord du lac, j’ai compris qu’une rencontre pouvait suffire.
Un instant partagé.
Et peut-être, la plus pure des formes d’art.


